Beaucoup d’ex-fumeurs vous diront qu’il faut compter 1 an d’abstinence avant de ne plus ressentir d’envie de fumer et donc d’être libéré totalement du tabac.
Là encore, il faut prendre garde à ces affirmations et ne pas focaliser sur l’idée qu’il s’agit là d’une tâche dont l’ampleur paraît insurmontable. Il y a en fait 3 cas de figure à considérer :
- Le premier, ce sont les fumeurs qui rechutent dès la première année parce qu’ils n’étaient pas assez “mûres” dans leur décision de “défumer” (à partir de maintenant, c’est ainsi que je nommerai l’acte d’arrêter de fumer). Ce cas de figure ne nous intéresse pas pour le moment.
- Le second fait état des fumeurs qui vivent l’arrêt comme une privation mais qui pousseront la volonté jusqu’à la prise de conscience qu’ils n’ont pas besoin de tabac pour se faire plaisir.
- Le troisième concerne les fumeurs qui ont dès le départ renoncé à “faire la guerre” à leur addiction et accepté de vivre sans.
On remarque souvent dans le discours des “défumeurs” (du verbe défumer) que l’arrêt est vécu comme une rupture sentimentale. Avec la bien aimée, on a tout fait, tous les moments de notre vie, les bons comme les mauvais, nous les avons traversés à deux. Elle a toujours été là pour nous soutenir et partager nos moments heureux et nos passages à vide. Elle faisait partie de notre vie, nous ne formions qu’un…
Quand on a aimé une personne et partagé sa vie avec elle, la rupture est toujours douloureuse, qu’elle soit décidée par la bien aimée (maladie) ou par nous même. On peut alors vivre cette rupture de plusieurs manière comme ne pas l’accepter, crier, pleurer, se lamenter, obsédé par le désir de réconciliation, et un jour peu être faire le deuil de notre histoire d’amour. Mais l’on peut aussi accepter cette rupture parce que l’on est conscient qu’elle n’apportera plus rien de bon à présent. On ne regrette rien, nous avons eu beaucoup de plaisir à vivre ensemble, mais ce n’est plus possible. L’expérience nous a appris que l’on réapprendra à vivre séparés et que l’on finira par oublier, bien que la décision soit douloureuse au début.
Arrêter de fumer est une stratégie, nous l’avons vu. Cette stratégie est celle de l’apprentissage qui vise à déprogrammer la consommation de tabac (automatisme), c’est en cela qu’il est plus juste de dire que l’on défume. C’est aussi ce que nous cherchons à faire dans la rupture de l’être aimé.
Si la rupture est mal acceptée, la “guérison” peut prendre plusieurs mois ou années avant que le “deuil” ne soit effectif, mais elle peut aussi ne jamais se produire s’il n’y a pas de prise de conscience. On voit d’ailleurs des défumés refumer 5, 10 ou 15 ans après l’arrêt et c’est pour eux un immense soulagement de pouvoir reposer leur esprit. Aussi, il est impropre d’établir une date butoir, on est libéré de l’emprise du tabac le jour où l’on sait que fumer dépend de nous seul et que nous n’avons plus à nous mentir en cherchant une bonne excuse à la rechute. C’est ce que l’on appelle la liberté.
En fait nous sommes libres dès les premiers jours, mais nous n’en avons pas encore conscience, il subsiste (au moins au début) toujours un doute sur la réalité de ce que l’on va traverser. Mais la prise de conscience peut avoir lieu quelques jours ou quelques semaines après l’arrêt. Et cela n’en rendra pas moins l’arrêt durable.
Toutefois, il faut admettre une chose importante. Le cycle d’une année n’est pas tout à fait pris au hasard. En effet, si l’on admet que défumer revient à déprogrammer notre esprit de la consommation de la cigarette, il est clair qu’il va falloir traverser chacune des situations que nous avons déjà vécu en tant que fumeur pour apprendre à notre corps à faire sans. Il est donc évident que chaque nouvelle situation que nous n’avons pas encore eu l’occasion de vivre sans tabac aura pour conséquence immédiate de nous rappeler notre amour déchu. Or il y a des événements que l’on ne rencontre qu’une fois l’an (anniversaire, séjour à la montagne…). Cependant, si l’arrêt est vécu sans le sentiment d’avoir fait un sacrifice, ces souvenirs ne seront pas difficiles à vivre et disparaîtrons rapidement.
Bref, il est urgent de dédramatiser la défume et la “souffrance” endurée ainsi que l’ampleur de la tâche. Défumer est avant tout une joie de chaque instant. C’est se sentir libre et se demander pourquoi on n’a pas essayer la défume plus tôt. C’est une découverte de nouvelles sensations et une victoire permanente. C’est aussi mieux se connaître et finalement se rendre compte que l’idée de refumer est plus compliquée que celle de ne pas fumer. Certes il faudra surmonter des difficultés et accepter le divorce les premiers jours mais très vite il devient trop complexe de faire marche arrière et finalement naturel de ne pas fumer. On ne peut de toute façon pas se priver toute notre vie en luttant, il s’agit d’une épuisante torture. Il faut que l’envie d’arrêter de fumer soit plus forte que celle de fumer. Et si ne jamais refumer vous angoisse dites vous que si vous ne fumez pas demain, vous aurez le droit de fumer après-demain et vous verrez que très vite il est difficile de revenir sur ses pas, non plus parce que vous devez arrêter mais parce que vous choisirez de ne pas reprendre.
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