Qui mieux que les ex-fumeurs peut faire preuve d’une totale objectivité ?
Avant de faire état de quelques données afin d’étayer mes précédents propos, je rappelle qu’il n’y a pas de vérité universelle, mais il y a des faits. Au travers de ces récits je vous donne donc ma propre vérité et j’appuie son principe sur les expériences glanées ça et là et sur les études qui me semblent ne pas avoir de portée favorable à l’industrie du tabac ou à l’industrie pharmaceutique. J’expliquerai bien plus loin les raisons de cette méfiance. Mon unique but à partir de maintenant sera de prouver pour vous convaincre que :
- Le sevrage du tabac n’est pas insurmontable, loin de là. Tout le monde peut y arriver sans que cela lui apparaisse comme pénible (je suis d’ailleurs actuellement totalement serein).
- Les substituts nicotiniques ne sont pas une aide positive. Il s’agit d’une fausse solution.
- Un arrêt total est nécessaire, la diminution de la consommation ayant tendance à augmenter la dépendance (j’expliquerai cela plus loin).
- Le marché du tabac est une fabuleuse supercherie
Une des études qui m’a semblé répondre à ce double objectif est l’étude réalisée par Sofres Santé et publiée le 11 juin 2001. Cette étude porte sur un échantillon de 1668 anciens fumeurs. La définition retenue de “l’ex-fumeur” était particulièrement rigoureuse : consommation quotidienne de 10 cigarettes ou plus avant arrêt et arrêt supérieur à un an au moment de l’enquête.
Profil de l’ex-fumeur
La moyenne d’âge de l’échantillon était de 52,6 ans, première cigarette vers 15 ans et consommation régulière 3 ans plus tard. La décision d’arrêter avait été prise vers 38 ans pour un arrêt définitif un an plus tard. En moyenne donc, cette population ne fume plus depuis 14 ans, sa consommation postérieure tournait autour de 23 cigarettes par jour.
Ce qui nous donne la chose suivante

Graphique 2
A noter, que cette population n’avait alors accès aux substituts nicotiniques que sur ordonnance.
1. Plus d’un fumeur sur deux s’arrête du premier coup
Première chose intéressante à noter, sur cet échantillon, 55% ont arrêté définitivement à leur première tentative, alors que 45% ont rechuté plusieurs fois avant de parvenir à s’arrêter durablement.
Ce chiffre est intéressant car on remarque à quel point la culpabilité des fumeurs qui rechutent est grande en cas d’échec. Le mot d’ordre actuel étant de tout faire lors du suivi des fumeurs pour éviter de les enfermer dans un état de culpabilité et d’admettre que les rechutes font partie intégrante de l’arrêt. En réalité, coupables ou pas, ce qui importe avant tout, c’est d’éviter tout abandon relatif à ces échecs. Car un fumeur qui échoue en conclue instantanément qu’il est faible et qu’il ne parviendra pas à se débarrasser de son addiction, ce qui rendra d’autant plus difficile la tentative suivante.
Lorsque l’on remarque autour de nous combien de fumeurs tentent d’arrêter de fumer par “obligation” (pression sociale, peur de la maladie, coup de tête, défit, motivation du compagnon à arrêter…), il va sans dire qu’une grande partie de ces rechutes est totalement liée à cette absence de prise de décision.
Ce chiffre est donc très rassurant puisque la proportion de fumeurs ayant réussi à arrêter de façon durable dès leur première tentative tout en ayant réellement pris leur propre décision de le faire est probablement beaucoup plus élevée. Ce qui confirme bien qu’il n’est pas si insurmontable que cela de renoncer à cette addiction.
Pour les rechutes marginales, elles ne sont à mon sens pas dues à un manque de volonté mais à certains concours de circonstances que nous verrons plus bas dans cette étude.
Enfin, il faut noter que les fumeurs ayant tenté à plusieurs reprises d’arrêter, ont essayé la première fois beaucoup plus tôt que les autres, ce qui peut expliquer aussi les rechutes (probabilité plus importante et décision moins mûrie).
2. 84% des fumeurs s’arrêtent seuls sans aide
Ce chiffre illustre parfaitement mes précédents propos (cf. graphique 1 - 25ème jour)… Il me semble qu’il est d’autant plus difficile de maintenir une décision et de s’y tenir que la durée pendant laquelle il va falloir faire face aux difficultés liées à cette décision est longue. Or, les substituts nicotiniques, nous l’avons vu, allonge cette période. 84% de réussites sans l’aide substituts est-il alors étonnant ?
Comme je le disais précédemment, la période de sevrage à la nicotine ne concerne que les 4 premiers jours. Ce qui importe donc, c’est de se tenir à sa décision après cette période. Si 8 à 9 personnes sur 10 parviennent à se débarrasser de cette accoutumance sans aucune aide, cela n’est-il pas un signe indéniable que chacun de nous puisse y parvenir ?
J’ai déjà donné plusieurs explications au fait qu’il apparaît insoutenable à certains d’arrêter de fumer :
- La décision d’arrêter n’a pas été réellement prise avec un engagement vis à vis de soi-même
- La croyance selon laquelle la période qu’il va falloir traverser va être insoutenable.
On pourrait ajouter ceci, mais cela ne concerne que ma propre vision des choses : Une personne totalement décidée à en finir avec la cigarette aura suffisamment de ressources personnelles pour y parvenir. Si au contraire cette décision n’a pas été prise, cette personne cherchera le concours d’une autre afin de se décharger de cette responsabilité. Tout fumeur ou presque souhaiterait arrêter, mais il ne suffit pas de souhaiter, il faut prendre la décision de le faire. Or cette décision est la plupart du temps retardée par la crainte de la restriction définitive à cette drogue et de ses conséquences. Et le médecin représente alors un espoir selon lequel la tâche sera facilité et peut-être même sans l’aide de la volonté. Il existe, croit-on, des potions magiques qui nous permettront de surmonter sans mal l’épreuve (Zyban, patchs, gommes…).
Voilà comment certaines personnes “essayent d’arrêter” alors qu’elle devraient “vraiment en prendre la décision”. Et non seulement cela est synonyme de réussite, mais en plus ça coûte bien moins cher ! (quelques paquets de chewing gum tout au plus).
Notons aussi qu’il est tout à fait naturel de la part d’un fumeur qui n’a pas pris réellement sa décision d’arrêter d’arguer haut et fort qu’il est très difficile d’arrêter puisque cela justifie aussitôt sa rechute (ou justifiera sa future rechute s’il elle survient). Or nous verrons dans cette étude que l’avis des ex-fumeurs qui ont effectivement arrêté est tout autre…
3. 16% des fumeurs s’arrêtent en utilisant une aide impliquant pour la plupart un médecin
Rentrons un peu dans le détail de ce chiffre pour mettre à jour quelque chose d’important. Cette étude montre que si l’on scinde le groupe test en deux (ex-fumeurs anciens et ex-fumeurs récents depuis moins de 5 ans), on remarque une évolution vers le recours à une aide (22% contre 16%). Il faudrait probablement corroborer ces chiffres avec une étude plus poussée sur le sujet, ceci étant, les aides choisies ont elles aussi évoluée dans le temps avec un recours de plus en plus fréquent aux substituts nicotiniques (pour 68% d’entre eux contre 44% auparavant).
On note donc un recours plus important récemment aux substituts nicotiniques. Il manque ici des chiffres qui éclaireraient certaines lanternes. En effet, les études qui ont été réalisées sur les substituts nicotiniques (et dont l’intégrité pourrait être remise en question) montrent qu’il y a une augmentation du taux de réussite vers un arrêt de la consommation de tabac lorsque l’on fait appel à des substituts. Deux écueils toutefois :
- Cet arrêt dont il est question constitue l’arrêt à court terme, et je vous renvoie au Graphique 1 du 25ème jour pour constater qu’il n’a aucune valeur puisqu’à court terme le substitut repousse le sevrage. Nous n’avons en revanche pas de chiffre sur les arrêts à long terme ayant eu recours à ces substituts.
- La population ayant fait l’objet de ces études (et c’est là le plus intéressant) est une population ayant acceptée de réaliser l’étude en double aveugle. C’est à dire que toutes ces personnes ont demandé à se faire suivre médicalement pour arrêter. On a ensuite administrer des placebos à certaines et un substitut réel aux autres.
Ces études ne peuvent donc en aucun cas prouver que le taux de réussite est plus important chez les personnes ayant pris un substitut que chez les personnes n’ayant fait appel à aucune aide. Elle disent simplement que si une personne demande de l’aide, elle aura plus de facilité à court terme à ne pas fumer… CQFD
Nous allons d’ailleurs opposé un autre résultat de cette étude pour appuyer cet argument.
4. 60% des ex-fumeurs ont perçu comme plutôt facile de s’arrêter
Cette notion, assez subjective, est une des plus importante a retenir puisqu’elle va à l’encontre de toutes les craintes des fumeurs. Ces craintes qui les empêchent de prendre leur décision.
En effet, cette idée que l’arrêt de la cigarette est extrêmement difficile est terriblement ancrée dans les esprits car elle s’auto-entretien. En effet, tout le monde a intérêt à entretenir ce mythe, et en premier lieu les fumeurs.
En effet, si je suis sur le point d’arrêter de fumer mais que je crains d’échouer, il faudra justifier cet échec non pas par un manque de volonté mais parce que la tâche est réellement difficile à surmonter. Cela rassure le fumeur et évite qu’il soit dévalorisé socialement. C’est un phénomène inconscient et qui s’apparente plus à une conviction établie puisque tout le monde est d’accord.
Cette notion sert bien évidemment l’industrie du tabac qui y trouve son compte puisque cela entretien la crainte du fumeur qui hésite d’autant plus à sauter le pas. Elle arrange aussi l’industrie pharmaceutique puisque ces fumeurs se tourneront vers les substituts pour pallier au “manque”, ainsi que les médecins qui trouveront là de nouveau débouchés. Enfin, cela arrange les non-fumeurs à double titre, puisque d’une part, cela les valorise, eux qui n’ont pas été pris au piège, et d’autre part car l’état prélève un impôt qu’ils ne paient pas…
Mais je reviendrai sur ce point.
On remarque d’autre part que les ex-fumeurs les plus récents sont moins nombreux à qualifier l’arrêt de facile que les autres (56% contre 62%) alors même qu’ils utilisent d’avantage de substituts… Etrange, non ? Cela ne vous rappelle rien ?
5. Pour 80% des fumeurs ayant essayé à plusieurs reprises, ce qui a fait la différence la dernière fois, c’est la motivation.
C’est probablement ce qu’il faudra retenir de cette étude : la réussite est directement liée à la motivation qui nous pousse à arrêter. Et si l’on exclue les problèmes de santé, la motivation est intimement liée à la décision qui a été prise…
Mais notons tout de même que pour la réussite, 84% avait choisi l’arrêt brutal alors que pour les essais infructueux, 51% avaient choisis l’arrêt progressif. Ce qui paraît extrêmement déterminant donc.
Je m’appuierai sur cette étude à nouveau, car ce ne sont pas là les seuls résultats qui importent.
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